Contes de faits modernes

// 12/03/2018

Par Catherine Colard

« Les gens qui n’aiment pas le peuple ont des idées sociales, les gens qui n’aiment pas les enfants ont des idées pédagogiques », écrivait Pierre Gripari. On peut ajouter que les gens qui n’aiment pas trop le (t)rap ont des idées arrêtées sur le rap et les exposent, de préférence sur Facebook. Alors que les femmes libèrent leur(s) parole(s), l’Union belge de foot, ses sponsors arbitres du bon goût, les racistes en chambre et autres pisse-vinègre découvrent celles de Damso. Quel timing en ce 8 mars, journée de lutte pour les droits des femmes! Coïncidence? Et pourquoi pas?

Carton rose ou carton bleu, nous en sommes encore là à piétiner sur ce terrain boueux, flou et poreux des matches hommes/femmes. Ou inversement. Pas si simple de casser le jeu en cassant les codes des rôles et des assignations genré(e)s.

Ce jeudi, Karin Clercq a publié en douce son clip de « Presque une femme ». Tendue comme un miroir moiré, limpide et intemporel à la face de nos clichés gravés jusqu'à l'os, la chanson de Karin s'inspire du journal intime d'une jeune fille du 19ème siècle et évoque l'éducation féminine dans la société patriarcale d'alors. Une vision de la femme désuète et pourtant encore de mise. Parce que oui, partout dans le monde et sur tous les terrains, les femmes sont encore confrontées à la difficulté d’être respectées dans leur intégrité du simple fait d’être de leur sexe et de leur demi-éducation. Et parce que oui, les rôles assignés aux enfants dès leur plus jeune âge contribuent à (dé)valoriser des compétences différentes chez les filles et les garçons. Match nul? C'est là qu'est l'os.

Presque une femme, presque un homme: il est question de stéréotypes, d’éducation, de discours social, et maintenant médiatique, tant dans la chanson de Karin Clercq que dans le bazar Damso & co.
Si Sardou faisait rimer femme avec charme, être une femme c’est aujourd’hui aussi s’émanciper et exister pleinement en tant que telle. Etre un homme, c’est aussi apprendre à accepter sa sensibilité et à montrer sa vulnérabilité qui, non d’une pipe, ne sont pas qu'apanages de filles, comme le laisse supposer le discours mainstream sur la virilité.

Foot ou pas, « la vie c'est pas un clip de Booba » (Vin’S), même si on peut aussi aimer ça, nous, les filles, les trucs un peu glauques en auto tune. Les clichés ouvertement porno-provocants des punchlines de Damso et de ses collègues rimeurs sont à lire comme des contes de faits modernes, à décrypter comme l’imagerie d’Epinal proposée à une génération qui tente, tant bien que mal, de synchroniser sa nage entre la piscine bling bling et la mare aux princes charmants.

Nager ensemble, ça s’apprend. Comme le vélo, les maux croisés, le respect et l’empathie, ça ne s’oublie pas. En douceurs et profondeurs.

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