Les tests de Mr Pchik

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Monsieur Pchik a testé pour vous: 

La vie en live avant le Coronavirus 


// 22/03/2020
Par Mr Pchik

Au « Livre Ou Verre », Charleroi, le 29/02/2020

Je suis quand même un fieffé filou. Carrément un génie du mal. D’ailleurs, dans ma famille, on m’appelle le « dix de der » (« The Jocker », c’était déjà pris). Pourquoi donc ?

Parce que lors de ma dernière visite chez le dentiste, j’ai subtilisé, non pas des masques de protection antibactériens à gogo, mais tous les magazines de la salle d’attente.

Bien oui, en quarantaine, on va tous s’emmerder à la maison, non ? Et il existe encore des gens qui aiment lire. Particulièrement les personnes d’âge mûr. Il faut donc me dépêcher de les fourguer sur le marché noir avant que la base de ma clientèle ne soit définitivement trop vérolée.

Il est dommage (mais c’était prévisible) que, dans ma liste d’emprunts saturée de Moniteur de Femmes Actuelles, Orgiac Maniac ou autres Zoophile Passion (il a de chouettes lectures mon dentiste non ?) déclassés, ne figure pas La Peste d’Albert Camus. J’ai ouï dire que cet incontournable de la littérature française avait beaucoup de succès ces derniers temps. Interpellant non ? Je subodore que ce soudain regain d’intérêt soit surtout dû au climat de paranoïa microbienne ambiante. Parce que la Peste de Camus, à l’inverse de Rika Zaraï et de sa Médecine par les Plantes, ou encore du plus contemporain Rhume pour les Nuls, ce n’est pas qu’un simple mode d’emploi de bienséance en cas de toux chronique. Ca va un peu plus loin que ça. Enfin il me semble. Je ne l’ai lu qu’une fois en fait. Adolescent pour un travail scolaire de français.

Les mises en garde condescendantes de mon professeur, Monsieur Cornil, résonnent encore à mes esgourdes : La Peste de Camus, bonne chance mon jeune ami, bonne chance. 

Mais qu’est-ce qu’il a bien voulu dire ? Je risquais de passer à côté de quoi ? Il était où le piège ? J’ai pourtant l’impression d’avoir plus ou moins correctement appréhendé les différentes subtilités du récit ! L’allégorie entre la ville prisonnière de la maladie et le monde en guerre, la collaboration, la résistance, la délation, la solidarité, enfin tout ça quoi. Je n’ai finalement jamais eu d’éclaircissements quant à ses doutes profonds au sujet de mes capacités intellectuelles. Une plaie jamais cautérisée dans ma carrière d’être humain… 


Bordel Monsieur Cornil ! Si vous êtes toujours en vie (je le souhaite) et que vous me lisez (c'est très peu probable), dites-moi, une fois pour toutes, ce que je n’ai éventuellement pas pigé dans ce putain de bouquin !

Veuillez m’excuser, ces derniers temps, quand je m’emporte, ma vulgarité l’emporte. 

Bon, bref, un personnage de l’histoire me revient en mémoire mais son nom m’échappe (je travaille sans filet, je n’ai pas consulté Wikibéta). Il s’agit du gars qui étant déjà ravagé par un cancer généralisé se sent totalement immunisé contre la peste. Sa théorie : une infection grave n’entre jamais en compétition avec une autre du même acabit. Intéressant comme raisonnement, non ? En résumé : deux, comment dire, deux événements fâcheux ont tendance à s’éviter. Prenez par exemple, un zélé nazi de gauche très pratiquant et un zélé stalinien de droite très pratiquant également. Et bien il y a de fortes chances qu’ils se mettent d’accord pour insuffler leur vision idyllique du vivre ensemble sur la tête du premier Gaston Lagaffe venu, rarement zélé, ni très pratiquant d’ailleurs, plutôt que de se mettre sur la tronche. 



Monsieur Cornil, je suis dans le bon là ou pas ?

Et tant que j’y suis, vous les zélés défenseurs de la cause animale très pratiquants, prompts à l’insurrection à la moindre campagne de dératisation, arrêtez de me les gonfler avec vos : « mais ce n’est pas le gentil surmulot qui est responsable de la peste. Ce mignon petit rongeur est innocent. C’est la faute à une puce qu’il transporte involontairement sur son doux pelage. ». Et bien non caramba ! La pauvre petite pupuce n’est pas coupable. Elle aussi est parasitée. Par le facétieux Phtirius Inguinalis qui, agrippé à ses mignons testicules, véhicule le bacille de la peste. Voilà !

Cela vous va comme raisonnement à la noix ? Ou vous voulez que je continue en insinuant que ça serait plutôt un gentil petit pou sur le crâne du gentil petit morpion en question qui serait finalement la cause réelle de plusieurs millions de morts ? Haaa, l’infiniment petit, quand tu nous tiens ! Corona Minus moi je dis.

Monsieur Cornil, je vous en supplie, donnez-moi raison. Allez quoi. 

Et quand les escadrons de la mort de la police communale débarqueront dans les pizzerias clandestines pour dégommer tous ceux qui n’auront pas respecté les consignes de confinement, on se posera la question de savoir si c’est bien leur doigt ou la verrue sur leur ongle qui a appuyé sur la gâchette ? Monsieur Cornil, c’est ça que je n’ai pas compris dans La Peste ? Monsieur Cornil, z’êtes là ? Au secours !

Et le concert dans tout ça me direz-vous (oui, parce que là, je me rends quand même bien compte que je m’écarte un peu du sujet) ?

Je suis heureux que le Passage de la Bourse de Charleroi ait échappé (de justesse) à l’atomisation qui a permis l’érection du magistral bunker commercial en plein centre-ville, le bien nommé Rive Gauche. Jadis, cette luxueuse galerie abritait plusieurs commerces, un cinéma, des bars… C’était juste beau. Un témoin d’une époque bénie ou l’esthétique primait sur le pratique. De nos jours subsistent juste deux officines. Un génial bouquiniste et un bar à lecture : Le Livre ou Verre.

Un sympathique concept que ce troquet. On peut s’y rafraîchir le gosier tout en feuilletant un ouvrage gracieusement prêté par l’établissement. Et le weekend, vous avez droit à des petits concerts intimistes et gratuits de surcroit. Qu’est-ce que le cosmos demande de plus ?



Pour mon dernier live avant la fin du monde, j’ai donc eu la chance d’y applaudir le talentueux Benjamin Albertani, dit MicroB (également bassiste du groupe pop Minimal B). Le gars s’accompagne seul à la basse électrique ou à la guitare acoustique. Un répertoire essentiellement constitué de compos personnelles en anglais. A noter une chouette et surprenante reprise du Hotellounge de dEUS. Une belle voix, dans la veine de Jeff Buckley. Un bien bon petit moment de liberté avant l’emprisonnement. 


Allez donc faire un tour sur sa page : https://www.minimalb.com › band.

A la prochaine. Ou pas ! 


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