Presse-citron

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Liam Gallagher ressuscité

// 17/06/2020
Par Gilles Syenave

Il fut un temps où se produire pour MTV Unplugged était une consécration. C’était l’époque où le « M » de MTV voulait dire « Music » et pas « Machine à caca ».

Certains artistes ont écrit leur légende dans ces concerts filmés où la seule contrainte était de livrer une version épurée de leur répertoire. On pense notamment à Eric Clapton, Björk, Neil Young et bien entendu Nirvana, dont l’album « MTV Unplugged in New York » est aujourd’hui considéré comme un classique. Véritable phénomène musical durant les années ’90, l’exercice est tombé en désuétude au cours de la décennie suivante, même si des performances comme celles de Jay-Z et d’Alicia Keys lui ont rendu temporairement ses lettres de noblesse.

On ne sait pas vraiment pour quelle(s) raison(s), mais la chaîne américaine semble aujourd’hui décidée à relancer la machine. Après l’exquise Courtney Barnett en décembre dernier, c’est au tour de Liam Gallagher de publier un album estampillé MTV Unplugged. Ironie de l’histoire : l’ancien chanteur d’Oasis avait déjà été invité à se plier à l’exercice en août ‘96. Il avait alors prétexté un mal de gorge pour se débiner, laissant son frère Noel se débrouiller seul au micro. On le revoit encore buvant comme un trou et fumant comme un pompier au balcon du Royal Festival Hall de Londres, entretenant la rumeur selon laquelle il était plutôt victime d’une gueule de bois carabinée. Malgré une prestation convaincante du reste du groupe ce soir-là, MTV refusa catégoriquement d’en faire un album. Rancunière, la chaîne câblée new-yorkaise ?

Le reste de l’histoire est connu. Des disques de moins en moins réussis et des disputes de plus en plus fréquentes ont eu raison du groupe mancunien, qui explosa en plein vol quelques heures avant de se produire au festival Rock en Seine. Dans la foulée, Noel Gallagher publia ce qui demeure son meilleur album avec les High Flying Birds, tandis que Liam devint une parodie de lui-même au sein de Beady Eye. La messe paraissait dite et la légende semblait avoir choisi son camp, entre le songwriter surdoué et son amusant faire-valoir.

Remis d’une sévère dépression et de l’échec cuisant du projet Beady Eye, le plus jeune des frangins Gallagher est pourtant revenu d’entre les morts avec « As You Were », un premier album solo paru en 2017. Deux ans plus tard sortait « Why Me ? Why Not ? », un deuxième opus encore plus convaincant.
Rien de neuf sous le soleil, certes, si ce n’est du grain à moudre pour les admirateurs autant que pour les détracteurs des frères gros sourcils. Contrairement à son aîné, qui s’enlise dans des tentatives gênantes de renouvellement stylistique, Liam n’a jamais eu l’intention de faire autre chose que du Liam. Soit des hymnes à scander dans les stades de foot, un bob sur la tête et une pinte de bière à la main. Bourrin, sans doute. Mais diablement jouissif.

C’est armé de ce nouveau répertoire que le gaillard est monté sur la scène du Hull City Hall le 3 août dernier. Devant une foule entièrement acquise à sa cause, il entonnera 15 morceaux différents, dont 10 ont été retenus par MTV pour monter cet Unplugged. Parmi les recalés, on retrouve une version pourtant très personnelle du « Natural Mystic » de Bob Marley. Les quatre autres titres sont issus du répertoire solo du chanteur. Toutes les reprises d’Oasis sont par contre présentes sur le disque, ce qui en dit long sur l’intention de la chaîne de miser sur la nostalgie.

Autre clin d’œil au passé : l’apparition sur scène du fidèle Bonehead, déjà membre d’Oasis quand le groupe s’appelait encore The Rain. Toujours aussi caustique, Liam le présente comme le seul à avoir deux sessions Unplugged à son actif. On est un merdeux ou on ne l’est pas.

Le disque dans son ensemble donne un aperçu fidèle de ce qu’est un concert de Liam Gallagher aujourd’hui. Une grand-messe où l’on vient se rappeler du bon vieux temps tout en acclamant la rock ‘n roll star. Que l’on soit fan ou non du gamin le plus turbulent de la Britpop, force est de constater qu’il est aujourd’hui au sommet de son art. Sa voix nasillarde n’a jamais été aussi précise, son jeu de scène aussi minimaliste. La tracklist mise sur l’alternance entre les vieux classiques et les morceaux plus récents. Et au final, ces derniers n’ont pas trop à souffrir de la comparaison.

Le moment fort du concert restera sans conteste « Sad Song », où Liam s’attaque pour la première fois à une des ballades acoustiques dont Noel avait fait sa chasse gardée. Il marque ainsi fièrement son territoire en tant que détenteur de l’héritage d’Oasis, au moment-même où son frangin clame son envie de passer à autre chose. Une ironie aux allures de hold-up, quand on sait à quel point ce sont les hymnes pondus par l’aîné qui ont permis au cadet de faire carrière.

Depuis toujours, l’histoire du rock se nourrit de ces petits coups du sort.

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