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Last Train sort un disque à ne pas louper

// 11/10/2019
Par Gilles Syenave

« Le rock français, c'est comme le vin anglais », pouffait un certain John Lennon, roi incontesté de la punchline avant l’arrivée de Twitter. Et il est vrai que mis à part Phoenix et dans une moindre mesure les Forbans, les groupes à guitare Made in France ont rarement eu beaucoup de retentissement hors de leurs frontières. Même si on doute qu’ils parviennent réellement à changer la donne à ce niveau, les Alsaciens de Last Train méritent assurément qu’on s’attarde sur leur cas.

Le quatuor originaire de la petite ville d’Altkirch s’est fait connaître en 2017 avec « Weathering ». Ce premier album de fort belle facture leur avait permis d’être catapultés par les médias hexagonaux comme les nouveaux espoirs du rock français. A la clé : des concerts prestigieux et remarqués en première partie de Muse, Placebo ou encore Johnny Hallyday, le Dieu Vivant désormais moins vivant. Ils reviennent ici avec « The Big Picture », un deuxième opus qui se veut plus ample et ambitieux que son prédécesseur.

Le disque s’ouvre avec « All Alone », un titre puissant qui nous emmène en terrain connu. Avec son atmosphère tendue et son gros son de guitare, il marque parfaitement la transition entre les anciens morceaux du groupe et ses nouvelles compositions. Au passage, on remarquera que l’anglais de Jean-Noël Scherrer ne souffre toujours pas de la moindre pointe d’accent yaourt, ce qui est suffisamment rare que pour être souligné (coucou Soko). Le plus complexe « Scars » déboule ensuite, marquant l’ambition du groupe d’apporter davantage de diversité dans son œuvre.

Soyons clair : Last Train n’est pas venu réinventer la roue, mais le groupe connait ses classiques et peut se reposer sur un sérieux bagage technique pour en donner sa propre version. Les instruments claquent et la voix est toujours aussi prenante, quelque part entre les vocalises nasillardes de Liam Gallagher et l’énervement d’un Billy Corgan. Sur « The Idea of Someone », elle se révèle soudainement plus douce et fragile, contribuant à ce qui constitue une des plus belles réussites de l’ensemble.

On regrettera simplement que par moments, Last Train veuille rendre une copie si parfaite qu’il sombre dans le pastiche involontaire. Sur « Tired Since 1994 », une scie bluesy sans grand intérêt, Scherrer nous raconte à quel point il est pénible d’être un jeune occidental au 21ème Siècle. Sérieux, mon petit, tu penses vraiment qu’on va te plaindre ?

Le disque s’achève heureusement en force avec « The Big Picture », un morceau au long cours dans lequel Last Train donne la pleine mesure de son talent. L’histoire raconte que les Alsaciens l’ont mis en boîte en une seule prise, au beau milieu de la nuit, après une longue journée en studio. Même au niveau des anecdotes, ceux-là maîtrisent parfaitement leur manuel du petit rockeur illustré.


Gilles Syenave est un jeune homme bien sous tous rapports. Il a un emploi stable, une vie sociale trépidante et un avis sur tout. Cette perfection de façade ne l’empêche pas de perdre absolument tous ses moyens dès qu’il est confronté à une mélodie des Smiths, à une ligne de basse des Stone Roses ou à une fille en Puma Suede. Tous les mois dans « Presse-citron », il vous livre sa vision du monde et de la géopolitique indie-pop internationale, rien que ça.

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