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Doves réussit son retour-surprise

// 02/10/2020
Par Gilles Syenave

Ils sont nombreux, les groupes à être passés à deux doigts du succès. Comme la rubrique de David Bouhy sur ce même site en atteste, des dizaines de candidats ont loupé leur rendez-vous avec la gloire, par simple manque de pot ou à cause d’un penchant naturel pour l’autodestruction. Dans le cas de Doves, on pencherait plutôt pour une capacité prodigieuse à se tirer une balle dans le pied.

A l’origine, Jimi Goodwin et les frères Jez et Andy Williams avaient d’abord mis sur pied un projet groovy répondant au nom de Sub Sub. Ils signèrent même un premier tube avec le morceau « Ain't No Love (Ain't No Use) », paru en 1993. En pleine explosion du genre, la voie vers les dancefloors semblait toute tracée, mais leur studio d’enregistrement partit en flammes dans un incendie. Un coup du sort qui les poussa à changer de nom et d’orientation musicale. Tu parles d’un plan de carrière.

Dotés du charisme d’une huître et d’une discrétion qui confine à la timidité maladive, les trois Mancuniens n’ont jamais cherché à attirer l’attention des médias. Leur premier album bénéficia malgré tout d’un excellent accueil de la critique. A cheval entre le rock percutant d’Oasis et celui plus cérébral de Radiohead, Doves ne parvint cependant jamais à conquérir un terrain déjà occupé par Coldplay. Taillés pour les stades, les hymnes dont regorgent leurs trois premiers albums se contentèrent toujours de salles plus modestes.

Lassés par cette injustice flagrante et par l’accueil frileux réservé à « Kingdom of Rust », leur quatrième album il est vrai moins réussi, les trois gaillards décidèrent d’appuyer sur le bouton pause en 2010. Quatre ans plus tard, Jimi Goodwin publiait un premier effort solo baptisé « Odludek », tandis que les deux frangins Williams annonçaient la naissance du projet Black Rivers. La cause semblait entendue.

C’est donc de manière assez surprenante que le groupe annonça une mini-tournée en Grande-Bretagne en 2019. A vrai dire, Doves préparait déjà discrètement son coup depuis plus de deux ans. Mais ce n’est qu’en constatant l’engouement suscité par ce retour aux affaires que le trio décida d’enregistrer un cinquième opus.

Celui-ci s’appelle « The Universal Want » et nous emmène en terrain connu. Dès son morceau d’ouverture, le brillant « Carousels », Doves impressionne par sa capacité toujours intacte à allier emphase et mélancolie. On retrouvera encore ce subtil mélange sur « For Tomorrow », « Cathedrals of The Mind » ou l’éponyme « The Universal Want », une des plus belles réussites de l’ensemble.

Pour autant, le trio ne se contente pas de se reposer sur ses acquis. Même si elles n’ont aucune chance de conquérir un nouveau public, ces récentes compositions savent faire preuve de modernité. La ligne de basse dubstep sur « Carousels », la pincée d’autotune sur « I Will Not Hide » et les rythmes funky sur « Mother Silverlake » sont notamment là pour démontrer que le trio n’a pas passé les 10 dernières années enfermé dans un abri antiatomique. Coincé au beau milieu du reste, le splendide « Prisoners » renoue quant à lui avec une forme de classicisme. Son intro rappelle d’ailleurs le « Space Oddity » de Bowie, dont la disparition est également évoquée sur « Cathedrals of The Mind ».

Synthétisant tout ce que peut être le rock quand il est composé par d’anciens ravers, « The Universal Want » est une fusion enivrante de rythmes et de styles. Un recueil de chansons qui n’ont pas peur d’être grandioses. Ce retour brillant ne permettra sans doute pas à Doves de sortir enfin du rang, certes. Mais il envoie un message réconfortant à tous les fans de la première heure, qui se disent aujourd’hui que l’attente ne fut pas vaine. En ces temps de vaches maigres pour les groupes à guitare, on se dira que c’est déjà ça.



Gilles Syenave est un jeune homme bien sous tous rapports. Il a un emploi stable, une vie sociale trépidante et un avis sur tout. Cette perfection de façade ne l’empêche pas de perdre absolument tous ses moyens dès qu’il est confronté à une mélodie des Smiths, à une ligne de basse des Stone Roses ou à une fille en Puma Suede. Tous les mois dans « Presse-citron », il vous livre sa vision du monde et de la géopolitique indie-pop internationale, rien que ça.

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