Le délicieux spleen d’Alexandra Savior

// 12/02/2020

Par Gilles Syenave

Il n’y a rien de plus merdique que les réseaux sociaux. Il n’y a rien de plus génial non plus. Récemment, en trompant mon ennui dans le petit monde des pouces levés et des photos de chats, je suis tombé sur un clip qui a titillé ma curiosité. En guise de commentaire, l’ami virtuel qui l’avait partagé notait ceci : « Si tu aimes Lana Del Rey, voici sa version indé Alexandra Savior, une pop sombre, rétro et langoureuse qui te colle au cerveau 🖤 ». Plus cliquable que ça, tu meurs.

Une brève recherche sur Internet (soudainement redevenu mon meilleur ami) m’a permis d’en savoir plus sur la jeune fille. Originaire de Portland, Alexandra Savior McDermott est aujourd’hui âgée de 24 ans. En 2013, elle emménage à Los Angeles et y rencontre Miles Kane, qui lui présente Alex Turner. Convaincu de ses talents de compositrice, le leader d’Arctic Monkeys et des Last Shadow Puppets la prend sous son aile et écrit avec elle « Miracle Aligner », qui figure sur le deuxième album de ces derniers. Cette collaboration débouche ensuite sur l’enregistrement d’un premier album baptisé « Belladonna of Sadness », sur le label Columbia. Turner y joue de la guitare et y co-écrit les morceaux, la production étant confiée à son vieil acolyte James Ford.

La jeune Américaine aurait pu se contenter de rester la muse du dandy anglais. Mais elle tenait visiblement à s’émanciper. C’est ainsi que pour son deuxième album, elle s’est engagée avec l’écurie 30th Century Records de Danger Mouse. On la retrouve ici seule au crédit de tous les morceaux, de l’artwork et des clips vidéo. N’en jetez plus, la coupe est pleine.

Il faut dire que « The Archer » raconte en long et en large l’expérience la plus intime qui soit : celle d’une rupture amoureuse. En 10 morceaux balancés en 30 minutes chrono, Alexandra Savior dépeint les mois de galère qu’elle a subi à la fin d’une relation qu’elle juge aujourd’hui abusive. Le parallèle avec les premiers disques de Sharon Van Etten est presque trop évident, même si l’actrice de The OA joue dans un registre moins rétro.

En effet, on n’a pas cité The Last Shadow Puppets et Lana Del Rey pour rien. Désormais seule aux commandes, Savior poursuit sa route sur des territoires sixties et seventies, avec des compositions qui ne feraient pas tâche sur une bande originale de Tarantino. Avec leurs cuivres rutilants et ce chant langoureux façon Hope Sandoval, « Send Her Back » et « But You » pourraient quant à eux parfaitement servir de générique à un prochain James Bond.

Soucieuse de varier les plaisirs, Savior ouvre et clôture son album avec deux balades piano-voix, les déchirantes « Soft Currents » et « The Archer ». Deux sommets d’épure, mais ne vous y trompez pas. Derrière cette apparente simplicité se cache le talent d’une jeune artiste qui sait parfaitement traduire ses émotions en notes et en mots. Avec elle, le spleen et le rétro deviennent intemporels.



Gilles Syenave est un jeune homme bien sous tous rapports. Il a un emploi stable, une vie sociale trépidante et un avis sur tout. Cette perfection de façade ne l’empêche pas de perdre absolument tous ses moyens dès qu’il est confronté à une mélodie des Smiths, à une ligne de basse des Stone Roses ou à une fille en Puma Suede. Tous les mois dans « Presse-citron », il vous livre sa vision du monde et de la géopolitique indie-pop internationale, rien que ça.

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