Les courses au GB avec Gainsbourg et Duvall

// 06/04/2020

Par Catherine Colard

Ces semaines de cantonnement en nos pénates ont au moins ceci de bon de nous faire découvrir quelques pépites, à la faveur de fouilles frénétiques dans nos archives. Claquemuré à Bruxelles, mon ami Jacques Duvall a débusqué cette curiosité avec du Gainsbourg dedans. Casernée à Liège, mon amour du gai savoir n’a fait qu’un tour (du pâté de maison) et le reste.


Confiné mais pas tout seul dans sa tête, Jacques Duvall (Duvallium pour certains intimes), a déniché un titre de Gainsbourg plutôt rare (il n’est repris dans aucune intégrale), au détour de sa promenade quotidienne autorisée. Sur Youtube. Jacques n’a effectivement ni chien ni, écrivailleur de chansons, de métier dit indispensable.

Archiviste à ses jours de la pop in french, Duvall n’a pas pris de gants pour mettre la main sur ces images qui en comportent beaucoup. Une découverte qui fut évidemment le point d’orgue de ce week-end sans vrais instants paroxysmiques en ce qui me concerne.


Gainsbourg, les mains gantées de cuir noir, y joue sur un orgue antique aux accents funérario-jazzy, et la fumée sortant de sa bouche n’est pas celle d’une Gitane. Ici, Dieu fume du froid en trench-coat de velours. De la vapeur en suspension, dans ce qui ressemble aux combles d’une église abandonnée. À la lueur des cierges, c’est un Serge jeune et lunaire qui chante « Bye Bye Mister Spy », alors que quatre types chauves aussi mystérieux qu’étrangement élégants s’affairent autour d’un vieillard mal en point, à l’aide d’instruments chirurgicaux trempés dans des verres à pied. 



On pense à un Fantômas expressionniste sans Juve ni Fandor.

Que nenni !
Ce morceau atypique dans l’oeuvre de Gainsbourg, en tout cas quant à son texte (qui évoque plus le « Champagne » de Jacques Higelin), a été écrit en 1967 pour « L'inconnu de Shandigor », un film culte suisse. Oui, il existe des films cultes suisses.

Celui-ci est signé Jean-Louis Roy, qui nous a quittés il y a quelques jours.
Parodie surréaliste et souvent hilarante des films d’espionnage, « L’Inconnu » a pour autant été nommé pour la Palme d’Or au Festival de Cannes.


Un film rare plutôt arty, un film de genre, inspiré tout autant par les comic books que par les plus dingues des thrillers.

Gainsbourg y endosse le rôle du chef des Chauves, une organisation secrète convoitant l’Annulator, invention capable de désamorcer les armes nucléaires imaginée par le savant infirme à demi fou Von Krantz.


Pour la petite histoire, c’est l’inquiétant Daniel Emilfork qui incarne le savant Von Krantz, 28 ans avant de jouer Krank, un autre scientifique handicapé et démoniaque dans "La Cité des Enfants perdus" de Jean-Pierre Jeunet (1995). Krank est évidemment une référence au personnage de Von Krantz.

La sombre demeure de ce Von Krantz, véritable bunker protégé par un terrifiant système anti-intrusion, vite cerné par des espions de tout poil, n’est pas inconnue aux Liégeois de plus d’un âge certain. C’est que le film déjanté de Jean-Louis Roy a été tourné sur plusieurs sites d’intérêt architectural, dont la Sagrada Familia ou encore les Bains des Pâquis à Genève… et à Liège !


Qui se souvient de la villa Bertrand à Cointe, sur le boulevard Kleyer, à la hauteur de la rue des Bruyères ? Alors propriété d’un riche commerçant, elle a été démolie en 1967 après avoir servi de décor au tournage de « L'inconnu de Shandigor ». Avant de faire place à un supermarché actuellement en rade de légumes.


Grâce à cette découverte de Jacques Duvall (un peu), à la chanson de Gainsbourg (beaucoup) et au film de Jean-Louis Roy (passionnément), les confinés des hauts de la cité ardente peuvent désormais faire leurs courses au GB de Cointe en arborant fièrement leur masque d’espion anti-savants fous. Avec dans les oreilles « Bye-bye Mister Spy ».

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