Les ruisseaux et les rochers chinois

// 16/02/2020

Par Catherine Colard

La Chine par-ci, Alibaba et les 40 virus par-là, L'empire du Milieu a mauvaise mine. Les fils d’actu et les hypocondriaques rient jaune. Oh mais oh là toi, je te vois l’as du bashing ! Je ne fais pas ici référence au joli teint couleur miel de nos délicieux amis Chinois. Parce que oui, j’ai des amis Chinois.

Le savais-tu ? L’expression « rire jaune » proviendrait d’un constat physiologique : les malades hépatiques sont souvent de mauvaise humeur, et on les comprend. Lorsque ces atrabilaires, acariâtres, acrimonieux, coléreux et autres irascibles misanthropes se forcent à rire (on se demande pourquoi), la bile teinte leur visage d’une moche couleur jaune pâle. Par extension, cette expression s’applique ainsi à toute personne qui ne veut pas montrer sa vexation ou qui tente de cacher sa colère sans masque FFP2 coronavirus. Un peu comme Hulk qui marcherait sur un Lego mais en jaune.

Moins connu par les néophytes que les nems ou la Grande Muraille, l’humour chinois apporte évidemment des clés d’intelligibilité à la placidité des survivants habitant la province de Hubei. De souche ou non, leur amour du jeu d’idéogrammes a de quoi faire pâlir un Raymond Devos, déjà porté pâle, ou un Stéphane De Groodt, en meilleure santé j’espère.

Les Chinois aiment rire aux éclats et, puisque l’humour est la politesse du désespoir, ils ne boudent jamais le sombre. Ainsi, un type passablement malade reçoit de son toubib une ordonnance pour un médicament dont « les effets durent 24 heures ». Dès le lendemain matin, il rit, mais il rit, à s’en briser les côtes 24 heures durant. Mais pourquoi, pourquoi, me direz-vous ? « Pour guérir, le médecin m'a ordonné de rire pendant 24 heures », répond notre malade imaginatif. C’est qu’en chinois, « les effets du médicament » se dit : « yao xiao ». Ce qui, écrit différemment mais prononcé exactement de la même façon, peut aussi signifier « il faut rire ». On ignore s’il est mort de rire. Ou pas.

Les petits ruisseaux font les grandes rizières tout comme les meilleures rigolades philosophiques, alors rendons aussi hommage à ce fendard de Sun Zijing, qui vécut sous la dynastie des Jin. Hyper motivé à l’idée de devenir ermite, il confia à son pote Wang Wuzi qu’il désirait « reposer sa tête sur les rochers et boire l’eau des rivières. » Mais sa langue fourcha et Wang comprit que son ami allait « boire les rochers et poser sa tête sur l’eau des rivières ». C’est beau. « Mais mais mais comment donc les ruisseaux peuvent-ils faire office d’oreiller et les rochers de breuvage ? » lui demanda Wang. Zen, Sun rétorqua du tac au tac : « Si je repose ma tête sur l’eau des ruisseaux, c’est pour me nettoyer les oreilles. Si je bois des pierres, c’est pour aiguiser mes dents ! »*

Souriez, vous êtes invités à vous nettoyer les oreilles et à vous en mettre sous la dent avec le tout nouvel album de Benjamin Schoos, grand Maître Zen de Radio Rectangle et de Freaksville. Quelques lampions après « China Man Vs China Girl », le Bruce Lee de la chanson made in Belgium sortira le 13 mars « Doubt in my Heart », un nouveau disque libre, luxuriant, gorgé de sunshine pop et de chaleur contagieuse.
On aimera choper le virus en live le 19 mars au Bota à Bruxelles, en ouverture du Pop Ventriloquist Tour, une tournée riche en fortune cookies, sans casse-tête ni reconnaissance faciale.

* Inspiré de Solange Cruveillé, « L’humour à l’ancienne : dix histoires de la Chine ancienne », Impressions d’Extrême-Orient

Photo by Brady Bellini on Unsplash

RETOUR

ARCHIVES

Avec le soutien de
Avec le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles service des musiques non classiques
Top