Mr Pchik a testé pour vous : Les Dé6bels Music Awards

// 21/02/2020

Par Mr Pchik

Dans « Le Poste de TV », le 19/02/2020

A l’heure des championnats du monde d’« Air Guitar » et des « Musically Tik Tok », je me demande si être musicien a encore un sens. Un peu à l’instar des metteurs en scène qui doivent se trouver désespérément obsolètes quand des jeunes kets réalisent un remake de Star Wars simplement en filmant avec leur portable. Je ne vous parle même pas du sentiment de vide chez les photographes. 



Il n’y a pas encore si longtemps, faire de la musique (qu’elle soit bonne ou mauvaise d'ailleurs) demandait une forme d’investissement personnel. Ca prenait du temps, de l’énergie. Tenter de plus ou moins domestiquer son instrument. Apprendre à accorder sa guitare, sa trompette, son triangle, tendre les peaux de sa batterie, dompter et synchroniser son synthé avec sa boite à rythme… Que du boulot tout ça ! Mais au final, et même si on était maladroit, une agréable sensation de récompense du travail accompli. 



Un peu comme cette semaine, quand j’ai construit une petite étagère de rangement pour mon grenier. Cela m’a coûté deux fois plus cher en matériel que si je l’avais achetée toute faite. Je me suis sectionné une phalange. Cloué un ongle. J’ai démontré de manière empirique que la colle de contact ne tient absolument pas sur le bois mais très bien sur la peau … Mais je suis fier d’y être arrivé, caramba ! Mon étagère est affreuse mais c’est moi qui l’ai faite à la sueur de mon marteau ! Vous comprenez le truc ? 



L’arrivée massive de l’informatique en musique (et dans plein d’autres domaines) nous a complètement fait changer de paradigme. Pour ceux qui ne saisissent pas bien le sens de ce nouveau mot à la mode, voici une définition qui vaut ce qu’elle vaut. Changer de paradigme, c’est comme changer de décors, d’univers, de manière de penser, faire un virage à 180 degrés dans sa manière de voir les choses. Ce qui était tenu pour acquis ne l’est plus. Par exemple, c’est comme si dorénavant, les subsides culturels n’étaient plus généreusement accordés au groupe « Panache Culture » mais à « Zyklon B ». Bon, ce sont des noms d’emprunt évidemment, mais là clairement, on serait dans un solide changement de paradis/paradigme. 

Pour l’instant, heureusement, ce n’est qu’une fiction.

Autre exemple, mais tout à fait d’actualité celui-là : des étudiants de l’Université Libre de Bruxelles se sont récemment opposés à la venue de membres de Charlie Hebdo dans leur bahut. Raison invoquée : Charlie Hebdo est un journal réactionnaire. On croit rêver ! Solide inversion de la norme, non ? 



Mais revenons à nos ovidés : l’informatique musicale. Un ami m’a fait découvrir un logiciel dont j’ai oublié le nom. D’une simplicité incroyable. On remplit, totalement au hasard, des cases simulant les notes. On choisit un style mélodique et rythmique parmi les 6 milliards de genres et sous genres proposés (idem pour les sons). On appuie sur la touche « enter » de son computer, et boum, en un clic, vous avez une ritournelle parfaite et prête à l’emploi ! Mais où est donc le mérite là-dedans ? Pire, où est le talent ? Mon ami m’a soutenu que ce genre d’outil ne provoque pas de nivellement vers le bas. Pour lui, la machine ne domine pas l’individu et on pourra toujours faire le distinguo entre un compositeur un tant soit peu inventif et une buse intégrale. Je ne partage pas son enthousiasme.

Via une audacieuse comparaison avec le sport automobile, je vais vous expliquer le pourquoi de mon doute. Je suis un grand fan de Formule 1, ou plutôt je l’étais. Car de nos jours, les courses sont d’un ennui abyssal. On comprend que Michael Schumacher soit tombé endormi, vraiment. Et ce n’est pas en remplaçant les jolies « Grid Girls » par des petits enfants que ça va s’arranger. Mon tovaritch Gabriel Matzneff a beau me dire que ce n’est pas grave tant qu’on peut quand même les tripoter, c’est tout de même moins sexy non ? 



Une solution peut-être pour relancer l’intérêt : admettre la présence de pilotes de l’Etat Islamique sur les grilles de départ. Cela pourrait un peu dynamiter la compétition, si je peux me permettre. Mais bon, si la Formule 1s est abominablement chiante maintenant, ce n’était pas le cas début des années 80. Et voilà où je veux (enfin) en venir. Saison 1981, Didier Pironi rejoint la Scuderia Ferrari, où il fera équipe avec Gilles Villeneuve.

La voiture est un vrai veau. Pironi reste englué dans le peloton. Villeneuve, en vrai virtuose qu’il est, arrive à magnifier son mauvais matériel et remporte deux courses d’anthologie. Saison 1982, les deux compères rempilent chez Ferrari. Mais cette fois, ils disposent de la meilleure monoplace du plateau, un vrai avion de chasse à piloter quasi les yeux fermés et… ils font jeu égal. Le coup de volant de Villeneuve ne fait plus la différence.



Et le concert dans tout ça me direz-vous (oui, parce que là, je me rends bien compte que je m’écarte un peu du sujet) ?

Pas de concert en fait, mais un show télé, pour changer un peu. En préambule, je dois vous avouer que je n’ai pas tout regardé. J’étais un peu fatigué et de plus, il y avait « La Grande Librairie » sur France 5. Mais bon, comme Michel Onfray n’y était pas invité, j’ai zappé de temps à autres sur ces fameux D6bels Music Awards, les DMA pour les intimes, la crème de la crème de l’année musicale écoulée en Belgique francophone avec récompenses à gogo.

Rien que ça ! Mazette ! Je ne vais pas tirer à boulets rouges sur les artistes qui ont participé
à cette grande cérémonie. Comme me disait feu Patchouli, un jour que je lui parlais de jazz : chacun son truc ! Il avait bien raison, chacun son truc, et les DMA, ce n’est point mon truc. Donc mon avis ne serait que négativement péremptoire et finalement peu constructif. Je vais juste m’essayer, en 5 points, à des considérations plus générales.


Premièrement : le décalage temporel. C’est là que l’on voit qu’on vieillit. Parmi tous les nominés, en gros je n’en connaissais vraiment que trois. Arno et Lio qui correspondent à ma génération. Et Angèle, à qui il est impossible d’échapper vu l’énorme propagande médiatique dont elle fait l’objet. Attention à l’indigestion.


Deuxièmement : le polissage. Rien, ne fût-ce qu’un tantinet, de dérangeant ou aventureux dans le choix de la programmation. Rien d’alternatif, de légèrement subversif. On est dans le consensuel le plus total. Des chanteurs bien propres sur eux et bien gentils. La consécration de la « Variétoche » avec un grand V. Une exception notable cependant : Glauque. Un combo Rap/électro sombre qui vaut le détour.


Troisièmement : où est le Rock ? Conséquence directe du point précédent. Le Rock (au sens large) semble ne plus (ou si peu) exister en communauté Wallonie/Bruxelles.


Quatrièmement : les chorégraphies. Là, je vais peut-être paraître un peu méchant et de mauvaise foi, mais je me suis presque fait dessus de rire en voyant certaines mises en scène.
On n’était pas loin de Disney Channel. Le problème, c’est que je ne suis pas sûr que tout cela était réellement voulu.


Cinquièmement : La production. En voulant en mettre plein la vue avec un show à l’américaine, mais en même temps en désirant préserver le petit côté convivial sans prise de tête typiquement wallon, on en arrive à ni un ni l’autre. Cela donne un spectacle très ringard. J’ai connu des Fancy Fairs plus excitantes.

En conclusion, est-ce que les artistes ont vraiment intérêt à participer à ce truc ? Et surtout, ont-ils le choix ? 


A la prochaine. Ou pas ! 



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